A quelle heure passe le train… | Jean Oury, Marie Depussé

oury-depusse-a-quelle-heure-passe-le-trainUn très singulier dialogue, où la théorie se prolonge en des scènes poétiques, souvent drôles. Marie Depussé écrit, parfois dans ses mots à lui, ou dans sa langue à elle, sa pensée à lui. Il y a dans ce duo beckettien une tendresse distante, son insolence à elle, son rire à lui.
« Ils sont assis sur les marches en pierre un peu sales du château, par toutes les saisons. Ils attendent. Tu dis que les psychotiques sont comme des colis en souffrance, oubliés dans une gare de campagne. Quand ton maître en psychiatrie, le catalan François Tosquelles, est venu à la clinique de La Borde, il a regardé les marches et il a posé une seule question : « à quelle heure passe le train ? »
Tu es psychiatre, un grand psychiatre comme on dit dans les romans… Pas moi. Si nous sommes là, à parler, et si nous partageons quelque chose, ce n’est pas un savoir, mais une obstination, un amour… Ce mot-là, il faut le dire dans la marge, sans accent, en douce. Nous aimons passer nos jours avec les fous. » M.D.

Jean Oury travaille à la clinique de La Borde, qu’il a créée en 1953, à maintenir une pensée de la psychiatrie, menacée de destruction.

Marie Depussé, écrivain, professeur de littérature à Paris-VII-Jussieu, s’est associée très jeune au travail fait à La Borde. Elle a notamment publié, en 1993, Dieu gît dans les détails. La Borde, un asile (POL).

A quelle heure passe le train… Conversations sur la folie – Jean Oury, Maris Depussé – Calmann-Lévy, 2003